Et la Vie dans tout çà ?
Combler les trous dans la poésie de Sybille Rembard et donner un titre.
Marais salants, à la croustillante apparence, au resplendissant éblouissement laiteux
Je me rapproche tel un zoom bipède, curiosité à la nuque
Les algues ont obscuré tous les murets qui bornent l’eau emprisonnée
Vivant sous les rochers, tout un peuple primitif et perfectionné se cache sous
La mousse, mère nourricière.
L’air saumâtre m’emplit, drogue pernicieuse inéluctable
Je me sens hors de ma tête. Pourquoi ?
J’espérais partager, peut-être prendre part à la grandeur de cette construction millénaire.
Je pensais voir un reflet au creux du marais, une image reconnue, il n’y en a point.
Tu as à nouveau occulté mes perceptions, gommé ma légèreté.
Tu n’as pas su transformer la chaleur, soulager le poids de l’âme écarquillée par tout l’amour que je te dédis
Malheur à moi pauvre humaine, seule, face aux marais salants…
Et la Vie dans tout çà ?
De Victor Hugo : « la poésie est élément irréductible, incorruptible, réfractaire, comme la mer. Elle dit tout ce qu’elle a à dire ».
ODE A L ESPERE
Dans le déroulement infini de sa lame, la mer toujours renouvelée, si souvent chantée, si enjôleuse, ce soir, broie mes espoirs innocents. Devant ce manège intemporel, je sombre dans la mélancolie… Comment projeter un quotidien qui chante ? Tomber en religion, y croire et pour le grand sacerdoce de la mer et sa liturgie d’algues sombres, repartir pleine de fringance, de jeunesse légère. Explorer les landes, les causses, revenir par le chemin de la falaise ? Ne jamais perdre de vue le moutonnement des vagues, conserver la musique marine au creux du ventre, se ressourcer au peuple mouillé, infini grouillement, perpétuel éblouissement. Par un hasard mystérieux, revenir guérie de ce périple bouclé, apaisée par la grâce des ajoncs éclatants, parure du granit qui oppose la force terrestre à la montagne marine, en tirer la force de retourner à l’heure qui s’égrène et réussir à oublier décidément de sentiment de solitude épuisant, cette fatigue aux récifs de la Vie où je bute à la quête de l’inaccessible étoile.
Et le soir, quand ta houle écumante s’épuisera, se calmera, quand les pêcheurs reviendront au port, tous, sauvés encore une fois de l’océan malin, je reprendrai courage et je courrai au quai où tu abordes pour me jeter dans tes bras, à ton cou, guérie magiquement par ta seule présence, toi, mon homme !